Le bal des prétendants pour 2007

samedi, novembre 04, 2006

Les interviews politiques de Nicolas Voisin

Petit événement à la Une d'AgoraVox le mardi 31 octobre 2006, avec l'interview-fleuve de François Bayrou par l'"apprenti interviewer" (comme il se définit lui-même) Nicolas Voisin, jeune journaliste citoyen parmi les plus actifs et fondateur du PoliTIC'Show (qui a reçu la primeur de cette interview dès le 29 octobre).

On peut réellement parler d'un événement. Certes, le journalisme citoyen n'est pas né d'hier, il avait déjà fait, depuis quelques mois, ses premiers pas ; des reporters amateurs - mais néanmoins compétents - avaient déjà réalisé des interviews de personnalités politiques de premier plan dans l'optique des Présidentielles de 2007. A gros traits, on peut dire que les tout premiers pas avaient été réalisés par Loïc Le Meur, consolidés par l'équipe de BuzzBazar (dont le site est endormi depuis le mois de juillet dernier), mais ils prennent aujourd'hui encore un peu plus d'assurance avec le PoliTIC'Show de Nicolas Voisin. L'événement est qualitatif.

La première grande interview filmée du PoliTIC'Show avait été publiée en juillet 2006 ; c'était celle de Jean-Marie Le Pen. On avait pu constater à cette occasion que Le Pen, qui se plaint sans cesse d'être censuré par les médias, s'était censuré cette fois-ci lui-même en refusant d'aborder son programme présidentiel, alors même qu'on lui offrait un temps de parole assez exceptionnel. L'interview de François Bayrou était la deuxième, réalisée le 21 octobre 2006 au siège de l'UDF.

La première qualité de cette interview, c'est sa longueur. François Bayrou a, en effet, accepté de passer près de 3 heures avec Nicolas Voisin et son équipe. Un temps qui n'est jamais accordé aux politiques - et on peut le comprendre - dans les médias traditionnels. On n'imagine pas 10 millions, ni même peut-être 1 million de téléspectateurs regarder durant 3 heures François Bayrou exposer les détails de son programme. Sans doute n'est-ce qu'une faible minorité qui est disposée à visionner un si long film ; mais cette minorité, souvent frustrée par le traitement médiatique traditionnel de la politique, a de quoi être ici rassasiée. Ici, on ne se cantonne pas à la communication politique habituelle, qui se veut efficace en un temps imparti très réduit, avec ses petites phrases et ses slogans qui insupportent tellement de gens.

La deuxième qualité de cette interview, c'est la richesse des questions posées, leur étendue, qui nous permet d'abord de connaître un peu mieux l'homme qu'on a en face de soi, avant de s'attarder sur ses idées politiques et son programme.

Pêle-mêle, sont évoqués dans son portrait : sa famille, son enfance, son premier livre sur Henry IV, les chevaux de course, son patrimoine, la crise démocratique, institutionnelle et médiatique dans notre République, ses débuts en politique, le ministère de l’éducation et ses réformes, son entrée au Parlement Européen, la campagne présidentielle de 2002, le récit inédit du contexte de sa fameuse gifle, la crise de l’autorité parentale et des repères des populations immigrées, sa marionnette des Guignols, son rapport au religieux et au spirituel, la laïcité, le financement des lieux de culte, ses propositions sur les droits d’auteur, le logiciel libre, ses positions concernant l’entrée de la Turquie, le TCE, son analyse de la déroute du "oui" qu’il dit avoir pressentie, les objectifs de l’Europe, la séparation des pouvoirs, les 35 heures, les "médias citoyens", Internet, l’information active contre l'information passive, son évolution récente sur la question de l’union gay et de l’homoparentalité...

Et puis, sont abordés à travers son programme : sa première réforme s’il est élu, deux «bonnes idées» des principaux partis français en lice, ses «points communs» avec d’autres hommes et femmes politiques (De Gaulle, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Royal, Blair, Al Gore, Bush), le 11 septembre 2001, le chômage, l’éducation, la «sanctuarisation de l’école», la prolifération nucléaire, les institutions, la 6e République, le rôle du Président de la République, l’indépendance de la justice, l’exclusion, l’utilité sociale et la dignité, le changement climatique, l’environnement et l’énergie, la «gouvernance mondiale» via l’Europe, l’immigration, la montée des communautarismes, le co-développement, la PAC assassine, l’insécurité, les banlieues...

Etc., etc.,...

Longue durée, qualité et étendue des questions posées, qualité de Bayrou lui-même, qui ne rechigne pas à ce long exercice, qui ne s'impatiente un peu qu'à la toute fin, lorsque Nicolas Voisin tente de grapiller encore quelques minutes, alors qu'on frôle les 3 heures d'entretien... A ces qualités, ajoutons encore ce parti pris de ne rien couper dans l'entretien, de nous en faire profiter dans toute sa longueur, de faire un montage minimal.

Les bonnes Web TV sont celles qui comprennent qu'elles ne doivent pas ambitionner de reproduire le modèle de la télé classique sur le Net. En cédant à cette tentation, elles perdraient tout leur charme, et une grande part de leur intérêt. Le Web a instauré la conversation à l'écrit, via les blogs. Les Web TV ont tout intérêt à maintenir ce principe de la conversation dans leurs interviews. Et qui dit conversation dit naturel, décontraction, simplicité, "intimité", et pour cela, recours à un mimimum d'artifices techniques, et, si possible, mise en place d'un échange dans la durée.

Cette interview de François Bayrou prend le bon chemin (les quelques réserves que je pouvais avoir à la simple considération du titre de l'émission, "PoliTIC'Show", sont aujourd'hui dissipées). D'ailleurs, ma bonne opinion semble assez communément partagée, puisque l'article d'AgoraVox qui présente les vidéos de l'interview a reçu 95 % d'opinion favorable.

Voici une partie de ce long entretien, 22 minutes consacrées notamment au rôle des médias dans la vie politique :


PoliTIC'Show #2 (8/13) > F. Bayrou
envoyé par politicshow

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